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Des organisations turques aux fédérations flamandes:
40 ans de vie associative en Flandre*

Meryem Kanmaz (2003)[1]

La vie d’associative des immigrés turcs en Belgique et en Europe est caractérisée par un réseau dense d’auto-organisations, allant d’organisations religieuses ou culturelles jusqu’aux groupes de danse ou de sport. En général, la relation de la communauté turque en Europe avec son pays d’origine est définie comme une identité diasporique (Manço, 2000). La cohésion interne du groupe « à l’étranger » est grande et des liens forts sont entretenus avec le pays d’origine. Ceci résulte de l’histoire de migration spécifique des Turcs. Il s’agit d’une migration en chaîne dans un contexte familial, venant de régions spécifiques à caractère rural. Les familles turques se sont installées de façon concentrée en Belgique (Surkyn & Reniers, 1997). Environ la moitié des 121.000 immigrés turcs se sont domiciliés en Flandre, 28% en région bruxelloise et 23% en Wallonie.

Vu les liens prononcés avec le pays d’origine, la formation d’organisations et la politisation de la communauté se sont passé suivant les clivages politiques et idéologiques existant en Turquie, par exemple la contradiction entre la gauche et la droite ou encore entre les laïques et les musulmans  pratiquants. Il est possible d’analyser la communauté turque de Belgique ou d’Europe suivant les développements politiques en Turquie. Les turcs immigrés de conviction de gauche s’organisent séparément des organisations de droite à inspiration nationaliste. La montée de l’islam politique au sein de l’opinion publique turque, vers la fin des années 80 c’est traduite dans les communautés en Europe par la fondation de nouvelles mosquées liées aux milieux de tendance Refah ou tendance Millî Görüş européen. Ces communautés religieuses se distanciaient de la seule façon d’être musulman jusque-là: l’islam officiel turc qui était propagé par la Présidence turque des affaires religieuses (Diyanet İşleri Başkanlığı), dépendant du gouvernement d’Ankara.
 

 



Origine et évolution:

Les premières organisations étaient des initiatives restreintes au niveau local. La plupart du temps, cela comportait un espace de prière avec un local de rencontre en annexe. La première vague d’immigration comportait des immigrés non qualifiés, qui étaient temporairement venus en Belgique dans le cadre d’accords bilatéraux. Après la réunion des familles, les enfants se retrouvaient aussi dans ces ‘mosquées’ pour recevoir une éducation islamique. Mais ces organisations servaient surtout de cadre aux hommes turcs, leur offrant un point de ralliement où l’on pouvait parler la même langue. Ces associations venaient à la rencontre des nécessités concrètes de contacts sociaux, d’emploi du temps libre, de formation, de service social, de sport, de culture et de pratique religieuse (Anderzijds, 2002). Elles portaient des noms comme ‘association d’ouvriers turcs’ avec le nom de la région (par exemple, Beringen, Gent, Cheratte, etc.).

Celles-ci furent vite suivies par des organisations d’inspiration culturelle ou politique. Le climat politique mouvementé et chaotique en Turquie dans les années 70 a en première instance clairement influencé l’inspiration de ces organisations. L’émigration de dissidents politiques vers l’Europe après le coup d’Etat en 1971 a fortement contribué à la politisation des immigrés turcs. À cette époque, des organisations sont créées autour de la contradiction gauche/droite. La droite est alors caractérisée par le nationalisme extrême des Loups gris. Toutes ces associations ne peuvent simplement être vues comme des succursales européennes des partis politiques turcs, mais plutôt comme des groupements de personnes qui se rallient derrière une certaine idéologie et qui la défendent.

Les autorités turques ont elles-mêmes stimulé une certaine organisation en envoyant des enseignants de cours de religion ainsi que de langue et de culture turque. Ces enseignants ont joué un rôle important dans la socialisation et la formation d’associations. Ils essaient de contribuer à établir une communauté, basée sur le maintien de la langue et de la culture turque en vue d’un retour en Turquie. Comme ces enseignants ont eux-mêmes été formés dans un enseignement turc kémaliste, ils ont rapporté cette vision d’identité nationale et laïque en Europe.

La montée d’un islam politique dans les années 80 à donné lieu en Europe à un regroupement et à la formation de nouvelles organisations. De nouvelles mosquées sont établies. Elles se distancient de l’islam officiel turc, propagé par la Présidence des affaires religieuses établie à Bruxelles depuis 1982. Surtout, l’entourage de Millî Görüş, lié au parti islamique en Turquie, était très actif. D’autres groupements religieux, comme certaines confréries (Nurcu, Süleymanci, Nakşibendi), commençaient à se profiler et à former leurs propres organisations. On peut donc avancer que la vie associative turque en Belgique comme ailleurs en Europe a été jusqu'à la fin des années 80 une copie du paysage politique, culturel et religieux en Turquie.

 



Nouvelles générations, autres accents:

Aujourd’hui les communautés turques en Europe ne prennent plus uniquement la Turquie comme cadre de référence. On ne peut donc plus parler de communautés purement transplantées. Les nouvelles générations et le contexte européen apportent de nouvelles nécessités et de nouveaux accents qui ne peuvent simplement êtres décrits dans le cadre du pays d’origine. La vie actuelle dans l’espace multiculturel européen apporte des défis sur lesquels ces groupes doivent formuler des réponses à partir d‘autres cadres de référence. Des nouvelles associations sont formées, et dans les anciennes, des jeunes reprennent le flambeau dans des fonctions de direction. Ces personnes sont pour la plupart scolarisées en Belgique et prennent donc de plus en plus la société belge comme cadre pour leurs actions et leurs initiatives. Des réseaux supra-locaux sont créés sous la forme de fédérations. Il existe une attention accrue pour l’amélioration des conditions de vie des turcs. Des associations de femmes sont aussi fondées ainsi que de nouveaux groupements explicitement multiculturels (Sierens, 2003).

L’impulsion donnée par les autorités flamandes concernant la législation des minorités en général et par rapport aux auto-organisations des minorités ethniques et culturelles en particulier, détermine en dernière instance l’évolution et la forme de ces (nouvelles) organisations. Durant les années 70 et 80 aucune législation cohérente n’existait concernant les associations de minorités ethniques.  On ne  commence à se pencher sur cette problématique qu’à partir de la fin des années 80. Cette politique est précipitée, par le glissement de l’électorat flamand vers la droite, et par le succès de plus en plus grand du Vlaams Blok. En février 1989, le Commissariat royal à la politique des immigrés (CRPI) est instauré. Cet organisme officiel est chargé de conseiller le gouvernement en matière de population d’origine étrangère. Dans le cadre des débats sur la politique des minorités au milieu des années 90, l’importance des auto-organisations est mise en évidence et on décide que ‘le soutien des organisation d’immigrés (…) doit contribuer à l’initiation et au soutien des minorités ethniques, à définir clairement  leur propre identité et leur culture’ (Sierens, 2003, 108). La politique flamande concernant les organisations propres des immigrés peut être comparé aux modèles anglo-saxon et néerlandais de multiculturalisme communautaire. Ceci diffère fondamentalement du modèle francophone, où l’on part de l’ntégration et l’émancipation individuelles au tant que citoyen. Non sans difficultés,  il a tout de même été possible de convaincre le monde politique de l’utilité des auto-organisations. A ce niveau, des parallèles ont été établis entre la situation des immigrés d’aujourd’hui et l’histoire du mouvement national flamand, mais aussi le mouvement d’émancipation de la classe ouvrière et des femmes. L’idée fondamentale était le rôle que pouvaient jouer les auto-organisations dans l’émancipation de leur public. Il était souhaité de les voir comme des partenaires dans la politique (d’immigration) régionale. Cette préoccupation apparaît dans le décret sur le développement communautaire de 1995, amandé en 2003. Par ces textes légaux, les autorités ont essayé de mettre de l’ordre dans la formation sauvage des nombreuses auto-organisations (Sierens, 108). Il était surtout souhaité de les voir comme ses partenaires dans la politique flamande. Ainsi le gouvernement flamand a reconnu et est commencé à subsidier douze fédérations distinctes qui chapeautent chacune un certain nombre d’auto-organisations locales. Quatre de ces fédérations sont turques. Nous en reparlerons plus loin.
 

 



Des réseaux turcs dans la diaspora...

Les groupes qui se sont formés à partir des oppositions politiques turques citées plus haut se sont aussi organisés à travers des associations et des fédérations dans la diaspora. Celles-ci fonctionnent toujours dans le contexte belge, mais sont aujourd’hui sujettes à des transformations. Naturellement nous pouvons nous demander si elles sont encore influentes dans la vie associative turque en Belgique. Il semble qu’elles n’ont plus d’impact notable en tant que structure ou fédération, mais les idées qu’elles représentent seraient toujours importantes pour comprendre le paysage associatif actuel.

De quels groupes s’agit-il ? Puisque l’impact de ces groupes n’est plus aussi grand que qu’il fut avant les années 90, nous préférons parler plutôt de mouvements ou de réseaux< [2] à la place de fédérations ou d’organisations formelles.


1.
 Les mouvements se référant à l’islam  [3]

Ce groupe fait référence à l’identité musulmane comme élément central. Il s’agit de groupes sunnites indépendants de l’islam officiel turc, dont certains sont axés sur la dévotion et d’autres sur la politisation. Ils sont représentés en Belgique ou en Europe par, en ordre d’importance:

Le mouvement politico-religieux Millî Görüş (lit. Vision confessionelle), représenté en Belgique par la Fédération Islamique de Belgique, Belçika İslam Federasyonu. La maison-mère a été fondée en Allemagne dès 1973 et ils se sont organisés au niveau européen en 1985. Ce groupe est décrit dans la presse occidentale, mais aussi en Turquie, comme fondamentaliste. Le fait est qu’ils s’opposent à l’islam officiel répandu par les autorités turques à travers la Présidence turque des affaires religieuses. À partir des années 90, ils développent une dynamique européenne et ils ne devraient plus êtres vus simplement comme une prolongation du parti islamique turque Fazilet (anciennement le Refah). Bien qu’ils partent aussi d’une vision turque, ils prennent de plus en plus de contacts avec des groupes islamiques non-turcs, mais aussi avec différentes autorités européennes. Les réseaux autour de Millî Görüş représentent le plus grand groupe dans ce premier mouvement.

Dans le mouvement référant à l’islam, on doit aussi citer la congrégation de mission et de prédication Süleymanci. Fondé en Turquie par résistance au laïcisme kémaliste dans les années 40, répandu par les écoles de coran établies un peut partout en Anatolie, ce mouvement est actif dans les milieux immigrés depuis 1973. Bien que assez actif en Allemagne et aux Pays-Bas, ses adhérents ont un réseau moins développé en Belgique avec 13 centres culturels islamiques (mosquées et écoles coranique). Ils sont représentés sous le nom de Union des Centres culturels islamiques de Belgique, Belçika İslam Kültür Merkezleri Birliği. Ils sont décrits comme un groupe fermé, qui ne cherche pas de contacts avec d’autres mouvements, ni avec les autorités des pays européens. Ce groupe n‘est pas présent dans le débat publique sur l’islam ou l’intégration.

Le troisième groupe est le mouvement islamique réformiste : il s’agit de neomysticisme Cemaat-i Nur/Nurcu. Le mouvement Nurcu est plus actif sur un plan international, et spécialement aux États-Unis et en Asie centrale turcophone. En Europe, ils sont connus pour leurs écoles, internats et centres de formation dont un installé à Gand. Leur vision est plutôt axée sur la création d’une élite économique et intellectuelle, croyante et pratiquante.

La confrérie soufi Nakşibendi est aussi active dans la diaspora turque. Cet ordre religieux (tarikat) à été fondé en Asie centrale et c‘est répandu à partir du 14ieme siècle de l’Inde en Turquie actuelle. La mystique soufie tente au moyen de rites propres, différents pour chaque ordre et transmis de génération en génération, d’aboutir à une expérience spirituelle  intense d’unité avec Dieu. Pour cela le cheikh est le maître spirituel indispensable. En Belgique sept ordres sont actifs sous le nom de ‘maison de la culture’.


2.  Les mouvements se référant à la communauté ethnique- religieuse:

L’identité islamique et nationale (dans un sens ethnique comme turc) est vue comme une unité par ce mouvement qui est surtout représenté par le parti nationaliste MHP des Loups-gris. Cette idéologie nationaliste n’était pas imprégnée de religiosité dans les années 70. Après le coup d’Etat de 1980, cette idéologie s’est mué en un mouvement à la fois nationaliste et islamique. On a pu les définir comme les teneurs d’une Synthèse turco-islamique.  Le mouvement est représenté en Belgique par la fédération dite des « des Loups-gris », Belçika ülkücü Türk Dernekleri Federasyonu, mais au niveau local, se retrouve dans les ‘foyers turcs’ (Türk Ocağı). Aujourd’hui, ces milieux se définissent comme modernistes et religieux (proche de l’islam officiel de gouvernement turc). Leurs symboles, trois croissants de lune ou un loup qui hurle, est visible régulièrement au sein de la communauté turque, spécialement chez les jeunes qui les arborent comme une forme de manifestation de leur identité. 


3.  Les mouvements se référant à la citoyenneté du pays d’origine, dans une perspective moderniste:

La modernité, au sens occidental du terme, est au centre de ce mouvement propagé par une élite kémaliste cultivée. Ils rallient une croyance au développement universel dans lequel la Turquie doit se moderniser en faisant partie du monde occidental (surtout européen). L’accent sur la culture ou sur le nationalisme varie dans ce mouvement de groupe en groupe. Ce groupe, peu connu de l’opinion publique belge, visible dans la diaspora, est un large mouvement d’associations qui, dans le contexte belge, peut encore le mieux être décrit comme une série organisations plus ou moins proche des autorités turques.

La variante moderniste traditionnelle est représentée par l’entourage du Belçika Türk İslam Diyanet Vakfı, la Présidence turque pour les Affaires Religieuses, fondée en Turquie pour promouvoir la laïcité officielle, et donc un islam particulier de la Turquie. Aujourd’hui, ils rassemblent les deux tiers des mosquées par leur Fondation (Vakıf). Cette fondation reçoit des imams et des professeurs de religion islamique formés en et financés par le gouvernement turc.

La variante social-démocrate du mouvement part aussi de l’idéologie de développement kémaliste et de l’identité turque. Elle se retrouve autour des associations comme l’association de la pensée d’Atatürk, Atatürk Düsünce Derneği. Cette association est minoritaire face à la présence de groupes ouvertement islamiques ou nationalistes.

La variante socialiste se retrouve dans les succursales européennes des partis de gauche en Turquie, comme le Parti Turc des Travailleurs. Leurs idées ne diffèrent pas fondamentalement de la gauche marxiste du politique belge. Ils se distinguent des autres milieux turcs par une critique radicale sur les autorités turques.

La communauté alevi forme la quatrième variante moderniste. Comme musulmans chiites hétérodoxes, ils ont contribué à partir de la deuxième partie du 19ième siècle à la modernisation de la société ottomane et ont soutenu la création de la république moderne. Au centre se trouvent un système religieux et une culture philosophique religieuse qui se réfèrent à une communauté culturelle faisant la promotion de l’égalité, la solidarité et l’universalité de l’homme. Ils sont restés longtemps partie intégrante des milieux gauchistes turcs. Mais depuis les années 80 et 90, il y a une conscience accrue de l’identité spécifique alevi, aussi bien en Turquie que dans la diaspora turque. En Belgique, ils sont regroupes dans la Fédération Belge des Associations Alevi, la Belçika Alevi Birlikleri Federasyonu.


4.   Le mouvement se référant aux identités ethno-religieuses reconnues en Turquie:

À part les mouvements et les groupes décrits ci-dessus, représentant la majorité de la communauté turque, d’autres groupuscules ethniques ou ethno-religieux existent. Il s’agit de groupes qui sont reconnus dans leurs identités par la Turquie, comme les communautés arméniennes, grecques orthodoxes  ou syriaques. Ces communautés s’organisent également en Belgique. Mais ceci n’empêche pas qu’ils entretiennent parfois des contacts individuels avec d’autres Turcs. Il leur arrive de fréquenter les magasins ou les cafés de la communauté.


5.    Le mouvement se référant aux identités ethniques non reconnues en Turquie:

La communauté kurde, qui, par la politique d’assimilation turque au pays d’origine, n’a pas pu développer des structures ou une identité propre dans l’espace public, a crée un réseau propre d’associations dans la diaspora. Bien que la plupart des Kurdes soient actifs dans des réseaux (de gauche) turcs, une vie d’association spécifiquement kurde se développe. Nous pouvons citer dans cette catégorie l’Institut Kurde de Bruxelles (TEKOSER).

… vers des structures flamandes en Belgique.


Cette catégorisation des réseaux, de mouvements ou des groupes comme on l’a présenté ci-dessus en cinq points, est une tentative pour rendre visible cette communauté, prétendue homogène. Mais ces différentes sphères ne peuvent êtres considérées comme entités séparées, bien délimitées ou existantes l’une à côté de l’autre. Différentes associations, communautés ou individus peuvent au niveau local faire partie de différentes structures et se laisser nourrir par divers courants intellectuels à la fois. De cette façon, une communauté alevi peut être réunie sous une association, dite « pour la pensée d’Atatürk », au lieu de fonder une association alevi autonome. Ou quelqu’un d’actif dans un établissement d’éducation islamique Nurcu peut faire la prière du vendredi dans une mosquée de Diyanet, professant l’islam officiel turc, etc.

Cette diversité s’est développée et à évolué à partir de l’histoire de la société turque. Elle s’est développée ici par la migration et par les réseaux transnationaux actuels, mais les liens ne sont plus aussi clairs qu’au début de la migration. Les 40 années de présence turque en Belgique ont introduit une dynamique belge dans la vie associative turque. Aujourd’hui, la grande majorité des organisations turques de Flandre sont fédérées sous des structures flamandes reconnues et subsidiées:
 

  1. Unie van Turkse Verenigingen (UTV) - Union des Associations Turques:

  2. Unie der Turkse Islamitische Culturele Verenigingen van België (Turkse Unie van België:) – Union des Associations Culturelles Islamiques Turques de Belgique:

  3. Federatie Zelforganisaties Oost-Vlaanderen – (FZOVL): – Fédération des auto-organisations de Flandre Oriental:

  4. Federatie van Vooruitstrevende Verenigingen: (C.D.F.) – Fédération des Associations Progressistes Turques.

Les associations catégorisés en cinq mouvements distincts comme nous avons établi plus haut existaient souvent avant la création de ces quatre fédérations turques subsidiées par les autorités flamandes.

Bien que ces quatre fédérations soient reconnues au niveau de toute la Région flamande, on voit qu’elles ont gardé un aspect fortement local. Dans les grandes lignes, les associations locales du Limbourg sont membres de l’Union Turque de Belgique. Les environs d’Anvers sont représentés par UTV. FZO-VL et CDF sont surtout présents en Flandre-Orientale. Il semblerait que les diverses associations locales se rallient à une des fédérations plutôt sur base de la proximité géographique que sur base de leur idéologie. Une asbl anversoise va donc plutôt se faire membre de l’UTV que de, par exemple, le FZO-VL. La seule exception est CDF qui semble recruter dans des entourages à perspectif social-démocrate moderniste. En effet, il s’avère que les associations pour la pensée d’Atatürk se rattachent au CDF ‘gantois’, même si elles sont localisées au Limbourg ou à Anvers. Dans ce cas, il s’agit donc d’un choix idéologique.

Les autres organisations turques sont pratiquement toutes regroupées dans les fédérations UTV, Turkse Unie van België ou FZO-VL. Ceci est une situation unique, puisqu’il s’agit d’une grande gamme d’associations à origine et caractère idéologique différents. Une fédération verra comme membres aussi bien des associations de mosquées de la Présidence turque des affaires religieuses, des associations religieuses de Millî Görüş, des centres d’éducation des Nurcu, ou encore des associations de la confrérie soufie Nakşibendi.

Tous les changements dans la vie associative turque en Belgique sont le résultat de structures imposées par les autorités flamandes, mais ils sont également dûs à une certaine convergence idéologique que nous pouvons observer entre différents courants dans le contexte de diaspora. L’idée centrale sous laquelle on se rallie maintenant est la vie en tant que minorité turque en Belgique et les difficultés qui la touchent dans son ensemble. Les anciennes oppositions sont vues comme inefficaces pour une défense effective des intérêts. Bien que des différences internes persistent encore, il semble que la communauté turque en Belgique à surmonté la formation d’associations locales sur base d’intérêts particuliers, pour arriver a une réelle convergence de ces intérêts (cf. ideological convergence, Werbner:1991). Mais ce processus est encore en cours. La façon dont ces fédérations vont évoluer vers des réelles associations d’intérêts dépendra en partie de la façon dont elles seront influencées par le monde politique belge mais aussi par leur publique. Les nouvelles fédérations financées par les pouvoirs flamands devront aussi trouver un équilibre entre leur rôle de médiateur et de représentant de leur communauté face au monde politique belge. Cette évolution est donc à suivre.

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Références bibliographiques:

MANÇO, U. (2000), ‘La présence musulmane en Belgique : dimensions historique, démographique et économique’, MANÇO, U. (dir). Voix et voies musulmanes de Belgique. Bruxelles, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, pp. 17-39.

MANÇO, U., (1997), ‘Les organisations islamiques dans l’immigration turque’, in DASSETTO, F. (red.), Facettes de l'islam belge, Louvain-la-Neuve, Bruylant-Academia, pp. 143-158.

MUTLU, H. & SANCAR, A., (2000), ‘Stratégies identitaires collectives. Dynamiques de restructuration sociale des migrants originaires de Turquie en Suisse’, Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, CEMOTI, n° 30, juin-décembre 2000, pp.223-251.

SIERENS, Sven, ‘Zelforganisatie van minderheden en emancipatie ‘revisited’. Wat kan de overheid leren van recent wetenschappelijk onderzoek’, Vorming, Vaktijdschrift voor volwasseneneducatie en sociaal cultureel werk, nr. 2, jg. 18, april 2003, pp.103-128.

SURKYN, J. & RENIERS,G., (1997), ‘Selecte gezelschappen. Over de migratiegeschiedenis en de interne dynamiek van migratieprocessen’, in LESTHAEGHE, R. (red.), Diversiteit in sociale verandering. Turkse en Marokkaanse vrouwen in België, VUBPress, Brussel, pp.41-72.

WERBNER, P., (1991), ‘Black and ethnic leaderschips in Britain. A theoretical overview’, in WERBNER, P. & ANWAR, M (edited by)., Black and Ethnic Leaderships in Britain. The cultural dimensions of political action, Routledge, Londen/New York, pp.15-37.

NOTES:

[1]: Meryem Kanmaz est politologue et assistante de recherche au Centre pour  l'étude de l'Islam en Europe Centrum voor Islam in Europa) de l'Université de Gand en Belgique, où elle prépare une thèse de doctorat sur le thème de "Islam en Flandre. : Les rôles sociaux des mosquées à Gand et à Anvers".

[2]: Nous nous référons ici à la classification proposée par Mutlu & Sancar au sujet de la communauté turque en Suisse (Mutlu & Sancar, CEMOTI, 2000).

[3]: Au sujet des associations islamiques voir Ural Manço, ‘Les organisations islamiques dans l’immigration turque’, in Dassetto, F., Facettes de l’Islam Belge, 1997, pp.143-158.

* Publié dans: Nouvelle Tribune, N.S. N° 34 (Dossier: 40 ans d'immigration turque en Belgique), Décembre 2003. 

[25/05/2011] PhD Meryem Kanmaz is werkzaam binnen MANAvzw, Expertisecentrum voor Islamitische Culturen in Vlaanderen, http://www.manavzw.be/contact. Zij verzorgt de hoofdredactie van het tijdschrift MANAzine. Contact: meryem.kanmaz@manavzw.be

Web master Update: 8 juni 2011 • CIE-INDEX • TEKSTEN/TEXT(E)S •