URAL MANÇO: Contributions

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RELIGIOSITÉ ISLAMIQUE ET INTÉGRATION
CHEZ LES JEUNES HOMMES TURCS DE Belgique*

Ural MANÇO (© 2001)

Assistant en sociologie, Facultés universitaires Saint-Louis, Bruxelles

Introduction

 Concernant la population musulmane de Belgique, les estimations les plus récentes avancent généralement le chiffre de 370.000 personnes (3,5% de la population totale). L'écrasante majorité (90%) de cette population est issue de l'immigration originaire du Maghreb et de la Turquie. Cette population est extrêmement jeune et en augmentation constante. Depuis longtemps déjà, l'islam est la deuxième religion de la Belgique par le nombre de fidèles. Les Turcs de Belgique, qui constituent la seconde communauté musulmane du pays après les Marocains, sont au nombre de 125 à 130.000 selon les dernières estimations (dont 44% de naturalisés belges)[1].

Mais est-il légitime de comptabiliser toute personne provenant directement ou par descendance d'un pays musulman comme un adepte de la religion islamique ? Est-il possible que tous les musulmans, à supposer qu'ils soient croyants, adhèrent à la même conception confessionnelle et philosophique ? Au contraire, il est nécessaire d'insister sur la diversité ethnique, socioéconomique, culturel et idéologique des groupes musulmans. Particulièrement, les deux plus grandes composantes de la population musulmane, les groupes marocain et turc sont porteuses d'histoires de migration assez divergentes. La vie communautaire des Turcs de Belgique est intense. Le contrôle social exercé par la communauté sur ses membres, le respect des traditions d’origine paysanne, le mariage avec un conjoint provenant du village d’origine des parents y sont encore la règle. La pratique collective du culte est également plus assidue dans le cas turc. Alors que la population maghrébine, plus polarisée dans ses rapports à l'islam, paraît avoir entamé un lent processus d'individualisation et de sécularisation. En comparaison des Turcs, la population marocaine de Belgique semble être plus avancée en matière d’insertion scolaire et socioéconomique.

Au-delà des conceptions nationales (turque ou marocaine) ou ethniques (berbère ou kurde) différentes de l'islam ; ainsi que des fractionnements entre les différents rites (sunnisme, chiisme, alévisme) et des interprétations jurisprudentielles (malékisme, hanafisme, chafiisme, etc.), force est de reconnaître que la population musulmane de Belgique n'est pas monolithique et qu'elle est riche d'une multitude de rapports collectifs et individuels variés à l'appartenance religieuse.

Quand il est question des musulmans de Belgique, nous y englobons (1) les croyants pratiquants réguliers chez qui la religion occupe une place primordiale dans la vie quotidienne ; (2) les croyants pratiquants engagés dans des formes militantes de l'islam[2]; (3) les croyants plus ou moins sécularisés, avec une pratique privatisée peu ou pas régulière ; (4) et les non croyants sécularisés, pour qui l'islam n'est plus qu'une référence civilisationnelle. C'est pourquoi, nous préférons sous-entendre la compréhension la plus large possible chaque fois que nous utilisons le qualificatif musulman. Pour nous, est musulman celui qui déclare l'être quelque soi sa pratique cultuelle, son rapport à la morale islamique et sa conception du monde.

L'objet de ce texte est de mettre en évidence les éventuels déterminants socioéconomiques de la religiosité parmi les immigrés (et les descendants d'immigrés) turcs masculins, ainsi que de vérifier, dans ce cas particulier, l'hypothèse d'un lien entre intégration et religiosité, à partir du traitement statistique des données d'une enquête récente. Quelles sont en effet les correspondances entre, d'une part, les indicateurs de réussite scolaire et d'insertion socioprofessionnelle et, d'autre part, la religiosité islamique des migrants et de leurs descendants ? Est-il possible d'affirmer que les musulmans les plus religieux s'insèrent moins bien à la vie de la société belge ? Peut-on avancer que l'exclusion sociale favorise le développement de contre-identités islamiques, voire islamistes ?



Méthodologie

Les données présentées dans ce texte proviennent de l'enquête Histoire de migration et mobilité sociale d'hommes turcs et marocains, réalisée entre 1994 et 1995, sous la direction du Professeur Ron Lesthaeghe (Vrije Universiteit Brussel). Le questionnaire de l'enquête comporte plus de 1000 questions couvrant des domaines très différents[3]. L'échantillon total comportait plus de 2.700 individus âgés de plus de 18 ans et de nationalité turque (1462 sujets) ou marocaine (1286 sujets). Les sujets ont été aléatoirement choisis sur base de listes administratives couvrant toute la Belgique. Près de 250 enquêteurs masculins tous d'origine turque ou marocaine ont été formés et employés pour les besoins de l'enquête. La suite du texte concerne exclusivement les informations recueillies, auprès de 955 jeunes de nationalité turque de 18 à 35 ans faisant partie de l'échantillon total, concernant le rapport des sujets à la religion islamique, et à l'intégration socioéconomique et culturelle en Belgique[4].

L'approche quantitative de la religiosité des sujets de l'enquête se base sur la construction d'un indice (ou échelle) d'islamité. L'indice de religiosité sera confronté aux résultats de l'enquête concernant le niveau d'insertion socioéconomique, ainsi que la structuration identitaire et valorielle des sujets. Il est possible de définir la religiosité[5] comme l'ensemble des dimensions objectivables des sensibilités, des appartenances et des activités de nature confessionnelle et cultuelle (les croyances, la fréquence des pratiques, l'intensité de la dévotion, la centralité des adhésions religieuses, etc.). Les résultats de l'enquête citée permettent l'élaboration d'un tel indice de religiosité musulmane. Il s'agit d'un score factoriel qui correspond à la combinaison linéaire de cinq items du questionnaire Histoire de migration et mobilité sociale.

L'échantillon retenu dans notre approche concerne les sujets turcs (N=955) de l'enquête ayant entre 18 et 35 ans, c'est-à-dire des jeunes aux prises avec des responsabilités adultes importantes comme la sortie du système scolaire, l'accès à l'emploi, le choix d'une partenaire, la fondation d'une famille dans un contexte social multiculturel et discriminant pour les populations musulmanes. Les sujets jeunes présentent également une plus grande diversité des attachements identitaires que les personnes interrogées plus âgées, d'où l'intérêt d'une approche spécifique les concernant. En outre, notons que tous les sujets retenus dans notre échantillon se sont eux-mêmes déclarés comme "musulmans".

 

Tableau 1 : la structure du facteur "religiosité"

 

Coefficient de saturation avec le facteur dans l'échantillon turc (N=955)

1. "Par ma religion et ma prière, je me protège du mal"

Pas du tout d'accord = 1 point ... Tout à fait d'accord = 6 points

0,82

2. "La prière me réconforte dans les moments où le malheur me touche et où je suis triste"                Pas du tout d'accord = 1 point ... Tout à fait d'accord = 6 points

0,80

3. "Pouvez-vous me dire l'importance de la religion dans votre vie?"

Sans aucune importance = 1 point ... D'importance primordiale = 6 points

0,77

4. "Allez-vous parfois à la mosquée?"   Jamais = 1 point; rarement = 2 p.; occasionnellement = 3 p.; toutes les semaines = 4 p.; tous les jours = 5 p.

0,64

5. "Participez-vous au jeûne du Ramadan?"

Jamais = 1 point; ça dépend = 2 p.; régulièrement  = 3 p.

0,57

Indice de validité     (alpha de Cronbach)                                               

0,77

 

Les cinq items sélectionnés pour la construction du facteur "religiosité des musulmans issus de l'immigration" interrogent les sujets sur leurs pratiques et représentations religieuses. Ils ont été choisis dans le questionnaire parmi une quinzaine d'items du même champ sémantique par la méthode des composantes principales[6]. Le tableau 1 présente les items retenus et la structure du facteur "religiosité". Les cinq items ordinaux saturent parfaitement le facteur "religiosité"[7] Ces items covarient fortement entre eux offrant une solide cohérence interne au facteur[8]. Enfin, le score de religiosité obtenu grâce au facteur explique 52,6% de la variance dans l'échantillon.

Le facteur polarise fortement l'échantillon et place à proximité de son extrémité positive (choix d'orientation arbitraire) les personnes aux yeux de qui la religion représente une grande importance et un sens fort (réconfort, protection contre le mal et la tristesse) : items 1 à 3. Ces personnes présentent une grande assiduité cultuelle (fréquentation de la mosquée, jeûne du ramadan) : items 4 et 5[9]. Les personnes pour qui la religion ne constitue rien d'important, ceux qui ne cherchent pas le réconfort dans la prière et ceux qui ne pratiquent pas le culte islamique sont, bien entendu, placés à l'autre extrémité du continuum, à proximité de la polarité négative. Au centre de ces deux polarités se situent des personnes qui ont donné des réponses nuancées ou mitigées aux cinq questions. Il s'agit, par exemple, des gens croyants pour qui la religion présente une certaine importance, mais qui déclarent ne pas la pratiquer publiquement ou régulièrement.

Le facteur (ou l'axe) se présente sous la forme d'un score métrique standardisé[10] (ou d'une échelle) qui évolue, pour le groupe turc, de -4,05 points (très faible religiosité islamique) à 1,27 points (forte religiosité islamique). Le score se distribue de telle manière que la majorité des personnes se situent dans la partie positive de l'échelle. Ainsi, 55,3% des sujets ont un score de religiosité islamique positif (de 0 à 1,27 points). A l'inverse, 33,5% des sujets présentent un score de religiosité négatif (de 0 à -4,05 points). Le reste des sujets (11,2%) se situe sur la moyenne "0". Par ailleurs, la partie négative de l'échelle est plus étendue (plus de 4 écarts types contre un peu plus d'un pour la partie positive), laissant entendre une diversité sociologique et philosophique relativement plus grande dans la catégorie des personnes à faible religiosité.

Le tableau 2 présente l'appartenance ou la proximité des sujets de l'enquête aux différentes organisations politico-religieuses turques présentes en Belgique. Le tableau fourni le nombre de sujets qui fréquentent régulièrement ou préférentiellement des mosquées reconnues pour leur appartenance à l'une ou l'autre organisation. Il fournit également la moyenne des scores de religiosité des membres de l'échantillon pour chaque mouvance particulière. Les 955 membres de l'échantillon constituent environ 1/20e des hommes de nationalité turque de 18 à 35 ans vivant en Belgique. Cette information suffit à rendre compte de la grande représentativité de l'échantillon. Le nombre des membres effectifs de ces organisations ont par ailleurs pu être vérifiés pour certaines d'entre elles : ce qui a permis de constater que l'extrapolation des chiffres d'appartenance du tableau 2 reflète avec une certaine fidélité la réalité du terrain.

Les 15 personnes de l'échantillon qui fréquentent régulièrement une mosquée liée à une organisation conservatrice ou à une confrérie, comme les mouvances Suleymanci ou Nurcu, constituent la catégorie présentant le score de religiosité le plus élevé (+0,59 points). Ces sujets sont suivis de près (avec un score de +0,52 points) par les 50 personnes fréquentant les mosquées de l'organisation Milli Görüş, proche du Parti de la Vertu, principale formation islamiste turque. Les 51 sujets qui fréquentent une mosquée de la mouvance nationaliste d'extrême droite Türk-İslam Federasyonu, liée au Parti de l'Action nationaliste (faisant partie de l'actuel gouvernement d'Ankara), font preuve d'un score de religiosité un peu plus bas (+0,32 points). Les deux tiers des sujets interrogés ont affirmé fréquenter une mosquée membre de l'organisme religieux officiel du gouvernement turc, la Diyanet (le Directorat des Affaires religieuses). La moyenne de leur score de religiosité est celle qui est la plus proche de 0, avec +0,20 points. Enfin, les sujets non pratiquants, qui représentent 20% de l'échantillon, ont sans surprise une moyenne de score de religiosité très basse : -1,01 points.

 TABLEAU 2 : Religiosité et orientation idéologique des mosquées fréquentées

Appartenances politico-religieuses des mosquées fréquentées

 Nombre de sujets

Moyenne
des scores

de religiosité

Suleymanci/Nurcu ou autre org.

15            (1,6%)

+0,59

Milli Görüş

50            (5,2%)

+0,52

Türk-İslam Federasyonu

51            (5,3%)

+0,32

Mosquée sans appartenance

18            (1,9%)

+0,29

Diyanet

633          (66,2%)

+0,20

Ne fréquente aucune mosquée

188          (19,7%)

-1,01

Total

955           (100%)

 

Résultats d'analyse de variance, modèle linéaire général.

T de Bonferroni-Dunn=9,27; d.l.=945; p=0,001.

D'après ces données de l'enquête, il est possible d'affirmer qu'environ 10 à 15% des membres de l'échantillon se reconnaissent dans ou se sentent proches des formes organisées et politisées de l'islam turc. Un sujet sur cinq, qui ne présente pas de pratique cultuelle, et peut être clairement défini comme sécularisé. La majorité restante (environ 65%) fait preuve d'une religiosité traditionnelle et modérée, probablement pas ou peu politisée.



Y a-t-il des déterminants socioéconomiques expliquant la religiosité islamique ?

Peu de données de types démographique[11] et socioéconomique[12] sont modulées significativement selon l'indice de religiosité musulmane. Les caractéristiques démographiques, sociales et économiques des sujets de l'enquête varient d'ailleurs peu. Il est question de jeunes hommes de 18 à 35 ans issus d'une immigration récente, prenant ses origines dans les campagnes du pays d'origine. Les sujets sont peu diplômés et professionnellement peu qualifiés. Cependant, comme il a été exposé en introduction, la diversité des attachements religieux de cette population, socio-économiquement homogène, est grande. Il est important de souligner que, selon les données dont nous disposons, des facteurs objectifs liés à la situation sociale et économique des sujets n'expliquent pas leur niveau de religiosité musulmane.

Religiosité, âge et origine géographique. Ni l'âge ni la taille de la fratrie n'est significativement corrélé avec le score de religiosité. On remarque, tout au plus, des personnes à plus forte religiosité parmi les aînés des familles nombreuses. La place dans la fratrie joue donc un rôle tout relatif dans la formation de la religiosité des sujets. Le pays de naissance (Turquie ou Belgique) ou le pays dans lequel les personnes ont vécu la majeure partie de leur enfance (jusqu'à 14 ans) n'influence non plus le score de religiosité des sujets.

En revanche, parmi les sujets qui ont vécu en Turquie avant l'âge de 14 ans, les scores de religiosité les plus élevés s'observent chez ceux qui proviennent des zones rurales. Les personnes originaires des provinces essentiellement rurales de l'Anatolie centrale ont des scores de religiosité plus élevés que ceux qui ont passé leur enfance dans les villes industrielles et côtières. Le lieu de la socialisation primaire a donc une certaine incidence sur la religiosité des sujets à l'âge adulte. Un autre résultat vient renforcer cette hypothèse : ceux qui ont vécu jusqu'à l'âge de 14 ans dans un village de Turquie (sans distinction de région) ont un score moyen de religiosité de 0,18 points (N=224). A l'inverse, les sujets qui ont passé leur enfance dans une grande ville turque (sans distinction de région) présentent un score moyen de -0,15 points (N=114). Certaines légères tendances s'observent également en ce qui concerne les localités d'installation en Belgique. Les scores moyens de religiosité sont négatifs dans les grandes villes. Les scores moyens de religiosité des Turcs sont invariablement positifs dans les petites localités de Flandre où les Turcs constituent la majeure partie de la population immigrée.

Religiosité, scolarité et connaissances linguistiques. On note une tendance intéressante en matière de scolarisation, mais l'ensemble des liens qui sont exposés au tableau 3 sont statistiquement non significatifs en raison de la faible quantité de personnes ayant pu obtenir un diplôme d'études supérieur à celui de l'école primaire. Une scolarité plus longue semble pourtant induire une sécularisation plus grande chez les sujets. Ainsi, les scores de religiosité diminuent légèrement avec la prolongation des études suivies en Belgique ou en Turquie.

Tableau 3 : Score de religiosité et niveau scolaire.

 

VARIABLES


Scores de

 

religiosité

Possession d'un diplôme du pays d'origine supérieur au diplôme d'études primaires

-0,34

(N=48)

Possession d'un diplôme belge d'études secondaires inférieures

-0,10

(N=33)

Possession d'un diplôme belge d'études secondaires supérieures

-0,76

(N=21)

 Intimement liée au domaine scolaire, la maîtrise linguistique ne semble pas non plus covarier avec la religiosité des sujets. Dans le cas du groupe turc, le score de religiosité n'est en rien lié à la maîtrise du turc. Il en va de même pour le néerlandais, pour les interviewés installés en Flandre. Par contre, les degrés de compétence en français parlé, lu et écrit (désigné par le sujet lui-même sur une échelle à six degrés) sont négativement et significativement corrélés avec le score de religiosité islamique (r=-0,15; N=470; p<0,01). La religiosité des sujets turcs diminue avec l'augmentation du degré de connaissance en langue française.

 Religiosité et emploi. Dans le domaine socioéconomique, la religiosité semble très peu liée aux indicateurs de qualification, d'insertion et de stabilité professionnelles. Le niveau du revenu mensuel net (salaire ou allocations sociales) est, par exemple, totalement indépendant du score de religiosité des individus (p>0,9). Les résultats relatifs à la situation professionnelle des sujets au moment de l'enquête sont exposés dans le tableau 4. Le score de religiosité moyen des ouvriers est positif. A l'inverse, les scores moyens des indépendants et des employés sont négatifs. Les membres des professions indépendantes et employées seraient donc plus sécularisés que les ouvriers. Mais le nombre réduit de sujets dans les catégories "employés" et "indépendants" ne permettent pas d'atteindre une significativité statistique suffisante pour cette observation. La précarité, induite par le chômage et les contrats d'emploi à temps partiel, ne semble pas avoir d'influence notable sur la religiosité des musulmans. Le score moyen de religiosité des demandeurs d'emploi est positif, alors que celui des travailleurs à temps partiel est négatif contrairement à celui des travailleurs à temps plein. Ces résultats concernent le plus souvent de petites catégories et ils ne sont pas statistiquement fiables.  

Tableau 4 : Score de religiosité et situation professionnelle.

 VARIABLES


Scores de

 

religiosité

Demandeurs d'emploi

0,13         (N=265)

OUVRIERS

0,06         (N=727)

Travailleurs employés à temps plein

0,05         (N=689)

Travailleurs employés à temps partiel

-0,10         (N=46)

INDEPENDANTS

-0,22         (N=80)

EMPLOYÉS

-0,62         (N=33)

 



Religiosité islamique, profils identitaires et valoriels des Turcs

Si aucun lien important n'est constaté entre le degré de religiosité d'un côté, et la situation sociale et économique objective des Turcs de Belgique de l'autre, d'autres résultats de l'enquête Histoire de migration et mobilité sociale contiennent des informations significatives. En fait, les différences entre les personnes religieuses et sécularisées sont essentiellement observables au niveau de leur structuration identitaire et dans la mise en oeuvre de leurs représentations sociales touchant des domaines de la vie sociale le plus souvent abordés par la morale islamique. Les facteurs subjectifs liés à la religiosité peuvent être regroupés en quatre sections : (1) les opinions liées au statut social des femmes; (2) les pratiques matrimoniales; (3) le rapport au pays d'origine et au pays d'accueil; (4) le rapport au travail et à la réussite sociale.

Religiosité et opinions liées au statut des femmes. Les personnes qui obtiennent un fort score de religiosité font majoritairement preuve de conceptions traditionalistes à propos de la place de la femme dans le ménage et sur le marché du travail. A l'inverse, les musulmans sécularisés ont des opinions plus libérales et égalitaristes sur ces questions. Le tableau 5 expose les coefficients de corrélation qui lient les items du questionnaire concernant le statut des femmes à l'indice de religiosité musulmane. Toutes ces relations statistiques sont extrêmement significatives. D'après le tableau, plus le sujet est religieux, plus il exige le port du foulard, la discrétion féminine en présence d'hommes non apparentés et la docilité. En revanche, il s'oppose plus au travail professionnel, à l'indépendance d'esprit et de comportement de la femme.

Tableau 5 : Facteur de "religiosité" et statut des femmes.

LIBELLE DE L'ITEM

Coeff. de corrél. avec

le score de religiosité Turcs (N=955)

"Hors de la maison, la femme doit porter le foulard"

Pas du tout d'accord=1 pt ... Tout à fait d'accord=6 pts

0,46

"Lorsque des hommes étrangers viennent en visite, les femmes se retirent dans une autre pièce"

Pas du tout d'accord=1 pt ... Tout à fait d'accord=6 pts

 

0,34

"Une femme doit faire ce que son mari lui ordonne"

Pas du tout d'accord=1 pt ... Tout à fait d'accord=6 pts

0,33

"La femme peut travailler en dehors de la maison"

Pas du tout d'accord=1 pt ... Tout à fait d'accord=6 pts

-0,14

"Une femme peut parler avec d'autres hommes, même si son mari ne les connaît pas"  

Pas du tout d'accord=1 pt ... Tout à fait d'accord=6 pts

 

-0,21

 

Corrélations significatives: p ≤ 0,0001

Religiosité et pratiques matrimoniales. La famille occupe une place centrale dans la vie des populations immigrées turcs. Le taux de nuptialité est élevé : 76% des sujets de l'enquête sont mariés malgré leur jeune âge (18-35 ans). L'état civil ne présente pas de liens significatifs avec le score de religiosité. Qu'elles soient célibataires, mariées (avec ou sans enfants) ou divorcées, il y a proportionnellement autant de personnes religieuses que sécularisées.

Tableau 6 : Religiosités et pratiques matrimoniales (1).

 

VARIABLES


Scores de

 

religiosité

Mariage à l'initiative des parents

0,16*       (N=388)

Les beaux-parents se connaissaient

0,10**     (N=569)

Mariage à l'initiative des futurs époux

-0,05*       (N=394)

Les beaux-parents ne se connaissaient pas

-0,07**     (N=212)

Parents non consultés avant le mariage

-0,84*** (N = 43)


Résultats d'analyses de variance, modèle linéaire général.
*T de Bonferroni-Dunn=1,96; différence significative minimum en écart-type=0,14 pts; p=0,05.
**T de Bonferroni-Dunn=1,96; dif. significative min. en écart-type=0,15 points; p=0,05.
***T de Bonferroni-Dunn=1,97; dif. significative min. en écart-type=0,33 points; p=0,05.
 

Par contre, les personnes à forte religiosité se marient selon des modalités davantage traditionnelles que les sujets sécularisés. Ainsi dans certains cas, le mariage des personnes religieuses s'est conclu à l'initiative des parents. Les époux sont mutuellement choisis par les futurs beaux-parents, parfois même apparentés ou en tout cas issus du même village. Inversement, les personnes à faible religiosité se marient par des voies davantage non conventionnelles pour les musulmans croyants et pratiquants, par exemple sans demander l'avis de leurs parents respectifs. Le mariage à l'initiative des futurs époux par contre n'est apparemment possible que pour des sujets dont le score moyen est proche de "0", mais négatif (-0,05 points). Le mariage à l'insu des parents, l'antithèse d'un comportement matrimonial islamique,  n'est vécu que par un petit nombre d'individus dont le score de religiosité est particulièrement bas.

Tableau 7 : Religiosité et pratiques matrimoniales (2).

 

VARIABLES


Scores
de

 

religiosité

Epouse venue de Turquie

0,13         (N=241)

Epoux venu de Turquie

0,13         (N=307)

Epouse ayant grandi en Bel./Mariage "mixte"

-0,40         (N=178)


Résultats d'analyses de variance, modèle linéaire général.
T de Bonferroni-Dunn=2,64; diff. sign. min. en écart-type=0,31 pts; p=0,05.

D'après les résultats du tableau 7, le choix de l'épouse se fait volontiers dans le pays d'origine pour les sujets religieux. A l'inverse, les sujets sécularisés épousent une "compatriote" de Belgique ou même une femme d'une autre nationalité (mariage "mixte"). Il en est de même pour les "époux importés". Les sujets qui ont fait le choix d'immigrer en Belgique, par la voie d'un mariage avec une "compatriote" née ou qui a grandi dans ce pays, font preuve d'un attachement religieux moyen (0,13 points). D'après ce qui apparaît au tableau 7, 307 répondants sur 955 (32,1%) sont arrivés en Belgique par mariage et 241 sujets de même nationalité ont épousé une femme de Turquie. Au total, 57,4% des mariages turcs étudiés concernent donc des conjoints importés.

Tableau 8:            Religiosité et choix d'un gendre. 

 

VARIABLES

Scores de

 

religiosité

L'important, c'est qu'il soit musulman

0,38         (N=338)

Un homme qui vit en Turquie

0,12         (N=135)

Un homme qui vit déjà en Belgique

-0,05         (N=220)

Ce qui importe c'est la personne

-0,08         (N=189)


Résultats d'analyses de variance, modèle linéaire général.
T de Bonferroni-Dunn=2,64; diff. sign. min. en écart-type=0,23 pts; p=0,05.

 

Le tableau 8 évoque le choix théorique d'un gendre. Les sujets ont dû se positionner par rapport à la question suivante: "Si vous aviez une fille en âge de se marier, quelle sorte d'époux préféreriez-vous?". Les résultats exposés dans ce tableau offrent en fait une continuité avec les enseignements des deux précédents tableaux. Les sujets les plus religieux souhaitent le mariage de leur fille avec un musulman ou avec un homme qui viendra de Turquie. Inversement, le mariage avec un homme issu de la communauté immigrée turque ou l'indifférence par rapport à l'appartenance ethnico-religieuse du futur gendre sont les choix des sujets plus sécularisés.

Religiosité et rapport aux pays d'origine et d'accueil. D'après les données de l'enquête, les personnes qui témoignent d'un attachement au pays d'origine manifestent également des sentiments religieux positifs. En revanche, les personnes qui semblent psychologiquement davantage détachées du pays d'origine totalisent un score moyen de religiosité islamique significativement faible. Le score moyen de religiosité de ceux qui sont prêts à verser 1.000 francs belges (24,79 euros) à une oeuvre de bienfaisance située en Turquie est de 0,18 points (N=313). Le score de ceux qui préféreraient plutôt verser les mêmes 1.000 francs à une action sociale pour les sans-abri en Belgique est, par contre, de -0,11 points (N=181) (T de Bonferroni-Dunn=2,4; diff. sign. min. en écart-type=0,19 pts; et p=0,05). Symétriquement, comme on peut l'observer au tableau 9, l'attachement au pays d'immigration est significativement lié à la sécularisation de la religiosité des sujets.

Tableau 9:            Religiosité et attachement aux pays d'origine ou d'accueil

 

VARIABLES

Scores
de

religiosité

 

Enterrement d'un proche en Turquie

0,12*       (N=729)

Retour définitif en Turquie: indécis

0,11**     (N=221)

Pas de retour définitif en Turquie

-0,10**     (N=482)

Sujet naturalisé belge

-0,27*** (N = 96)

Pas de préférence sur le lieu de l'enterrement d'un proche

-0,58*       (N=115)


Résultats d'analyses de variance, modèle linéaire général.
*T de Bonferroni-Dunn=2,40; diff. sign. min. en écart-type=0,27 pts; p=0,05.
**T de Bonferroni-Dunn = 2,40; diff. sign. min.en écart-type=0,20 pts; p=0,05.
***T de Bonferroni-Dunn = 1,96; diff. sign. min. en écart-type=0,20 pts; p=0,05.
 

C'est la décision qui concerne le lieu d'enterrement d'un proche qui polarise le plus les membres de l'échantillon. L'envoi de la dépouille en Turquie est la pratique actuellement la plus fréquente. Ceux qui n'énoncent pas de préférence de lieu de funérailles témoignent d'un score moyen de religiosité très peu élevé. Les sujets naturalisés sont sous-représentés. A l'origine, la liste administrative qui a permis le tirage au sort des membres de l'échantillon ne comprenait que des personnes de nationalité turque. Mais plusieurs mois se sont écoulés entre le tirage au sort et la réalisation de l'enquête, ce qui explique le nombre résiduel de naturalisés belges parmi les sujets (ceux qui ont acquis leur nouvelle nationalité entre temps). Ceux-ci témoignent tout de même d'un niveau moyen de religiosité significativement plus bas que leur échantillon de référence.

La consommation culturelle peut être un important facteur d'attachement et de structuration identitaire. Le tableau 10 expose les données relatives à l'usage de la presse turque et belge. Les personnes religieuses s'intéressent davantage aux médias de leur pays d'origine. Au contraire, les personnes sécularisées suivent plus la presse belge.

Tableau 10: Religiosité et consommation culturelle.


 
VARIABLES


Scores
de

 

religiosité

Sujet ne lisant pas la presse belge

0,08*       (N=297)

Sujet lisant la presse turque

0,04**     (N=862)

Sujet lisant la presse belge

-0,09*       (N=527)

Sujet ne lisant pas la presse turque

-0,36**     (N = 87)


Résultats d'analyses de variance, modèle linéaire général.
*T de Bonferroni-Dunn=1,96; diff. sign. min. en écart-type=0,14 pts; p=0,05.
**T de Bonferroni-Dunn=1,96; diff. sign. min. en écart-type=0,22 pts; p=0,05.
 

Religiosité et valeurs liées au travail et à la réussite sociale. L'analyse des données révèle également des relations statistiques significatives entre d'un côté la religiosité des sujets et de l'autre un ensemble de valeurs qui dénotent une conviction spécifique liée à la vie professionnelle et à la réussite sociale.

Tableau 11:             Religiosité et critère de réussite professionnelle.


VARIABLES


Scores
de

 

religiosité

Avoir un salaire élevé, un travail pas trop fatigant avec une bonne ambiance

0,04

(N=695)

Avoir un travail passionnant et influent sur la société

-0,11

(N=260)


Résultats d'analyses de variance, modèle linéaire général.
T de Bonferroni-Dunn=1,96; diff. sign. min.en écart-type=0,14 pts; p=0,05.
 

Pour les trois-quarts (73%) des sujets, qui constituent un groupe avec un score moyen de religiosité proche de 0, un bon travail est d'abord celui qui rapporte un salaire confortable, qui ne nécessite pas d'efforts importants et qui offre un environnement professionnel chaleureux et amical (tableau 11). La grande majorité des sujets identifient ainsi un bon travail à des attributs matériels et, dans une certaine mesure, opportunistes. Le quart restant présente un score moyen de religiosité négatif et identifie des attributs immatériels et plutôt altruistes comme les caractéristiques d'un bon emploi.

Tableau 12:            Religiosité et "philosophie de vie".

 

VARIABLES


Scores
de

 

religiosité

Il existe des lignes de conduite qui distinguent le Bien et le Mal: je m'y tiens

0,08

(N=665)

Tant qu'il n'y a pas de problèmes, je fais ce que je veux dans ma vie

-0,18

(N=285)


Résultats d'analyses de variance, modèle linéaire général.
T de Bonferroni-Dunn=1,96; diff. sign. min. en écart-type=0,14 pts; p=0,05.
 

Dans le tableau 12, une large majorité semble à nouveau se dégager parmi les membres de l'échantillon, mais cette fois-ci dans l'adhésion à une conception moraliste et scrupuleuse de l'action individuelle. En effet, 70% des sujets turcs déclarent se soumettre à une nette distinction entre ce qui leur semble être le "Bien" et le "Mal". Le score moyen de religiosité de ce groupe majoritaire est légèrement positif. A l'inverse, le score moyen de religiosité de ceux qui déclarent avoir un comportement pragmatique, voire opportuniste, est négatif.

Si les sécularisés sont davantage adeptes de valeurs qualitatives dans leurs choix professionnels, ils ne rejettent pas l'idée d'une prise de liberté par rapport à des principes moraux. Les répondants sécularisés font probablement preuve d'une plus grande élasticité ou adaptabilité dans leur vie quotidienne. Il semble que la notion de "qualité de vie", et la réalisation de soi passant par une pratique professionnelle, vient chez eux avant l'idée de "niveau de vie". La majorité des sujets, qui s'illustrent par une religiosité islamique moyenne mais plus importante que le premier groupe, sont par contre à cheval sur des principes moraux. Ils mettent aussi en oeuvre un réflexe économiste: le "niveau de vie" passent avant la "qualité de vie". Enfin, les sujets relativement religieux sont plus rigides et conformistes dans leurs attitudes et comportements. Ainsi, une grande proportion des sujets, avec un score moyen plutôt religieux (0,07 points, N=605), déclare se conformer le plus souvent, lors de discussions publiques, à l'avis de la majorité. Ceux qui ont le plus souvent des opinions non conformistes lors de discussions en public (N=337) présentent, par contre, un score de religiosité négatif avec -0,13 points  (T de Bonferroni-Dunn=1,96, diff. sign. min. en écart-type=0,13; p=0,05).


 

Conclusion

L'analyse statistique des résultats concernant les sujets turcs de l'enquête Histoire de migration et mobilité sociale ne permet pas la mise en évidence d'éventuels déterminants socioéconomiques de la religiosité des immigrés ou des descendants d'immigrés turcs. Aucune conclusion statistiquement significative ne peut être tirée au sujet de l'influence directe des caractéristiques sociales objectives et des conditions matérielles d'existence de la population turque de Belgique sur ses appartenances et ses pratiques islamiques.

S'il n'est pas possible d'avancer des facteurs objectifs qui sous-tendent l'attachement islamique, il s'avère que la religiosité musulmane des immigrés présente un nombre important de relations statistiques significatives avec des dimensions subjectives relatives aux représentations sociales et à certaines pratiques culturelles. L'objectivation de la religiosité grâce à un score factoriel fait découvrir les liens étroits entre celle-ci et la conception du statut de la femme, les pratiques matrimoniales, l'attachement au pays d'origine et au pays d'accueil, et enfin les valeurs relatives au travail et à la réussite sociale.

Dans l'échantillon, plus les sujets sont religieux, plus ils présentent une posture comportementale ou attitudinale conservatrice ou traditionnelle. Les conceptions infériorisantes de la femme deviennent plus fréquentes avec l'augmentation du degré de religiosité. Les sujets les plus islamiques se marient le plus souvent à la façon traditionnelle, de manière plus ou moins arrangée par les parents. De la même manière, plus les sujets sont croyants et pratiquants, plus ils sont attachés à la Turquie plutôt qu'à la Belgique, et plus ils s'affirment par une position matérialiste dans la vie professionnelle.

Le score de religiosité permet d'esquisser un portrait des sujets sécularisés, qui est le négatif photographique de celui des sujets religieux. Moins les sujets sont croyants et pratiquants, plus ils opèrent des choix individualistes, assimilationnistes et post-matérialistes (concernant le rapport au monde du travail). Ils sont également plus attachés à la Belgique qu'à la Turquie. Les sujets sécularisés font preuve d'adhésion à des conceptions favorables à l'émancipation des femmes. Plus les sujets sont sécularisés, plus ils choisissent leur future épouse eux-mêmes.

Enfin, il est nécessaire de souligner la proximité systématique des scores de religiosité des différentes catégories de comportement et d'attitude analysées, par rapport à la moyenne (0) du facteur. Les scores moyens d'islamité par catégorie sont rarement inférieurs à -0,5 points et ne dépassent jamais 0,5 points. Ces résultats semblent indiquer que la proximité identitaire, valorielle et comportementale des membres de la population turque de Belgique paraît plus grande que celle de leurs identifications purement religieuses. Hormis les aspects proprement religieux donc les sujets donnent l'impression d'adhérer à un assez ample consensus identitaire et valoriel. En d'autres mots, les choix valoriels et identitaires profanes des sujets les rapprochent davantage les uns des autres que la croyance et le respect des obligations religieuses. Ceci veut dire que leur adhésion religieuse n'exerce pas d'influence déterminante dans leur comportement social. Il convient ainsi de reconsidérer le rapport d'acteurs sociaux musulmans (ici dans le cas des Turcs) à leur religion: c'est-à-dire de désubstantifier l'islam et d'éviter, dans les analyses, tout essentialisme déterministe dans l'explication du devenir identitaire et socioéconomique des populations musulmanes issues de l'immigration.

Bibliographie

Acquaviva, S. et Pace, E. (1994), La sociologie des religions. Problèmes et perspectives, Paris: Les éditions du Cerf, collection Sciences humaines et religions.

Cibois, P. (1983), L'analyse factorielle, Paris: P.U.F., collection "Que sais-je ?", n° 2095.

Lesthaeghe, R. (2000) (éd.), Communities and generations : Turkish and Moroccan Populations in Belgium, Bruxelles : NIDI CBGS Publications, n°36.

Manço, A. (1998), Valeurs et projets des jeunes issus de l'immigration. Le cas des Turcs en  Belgique, Paris: L'Harmattan, collection Logiques sociales.

Manço, A. (2000), Sociographie de la population turque et d'origine turque. Quarante ans de présence en Belgique (1960-2000). Dynamiques, problèmes, perspectives, Bruxelles: Centre de Relations européennes.

Manço, U. et Manço, A. (2000), "Religiosité et rapport à l'intégration de jeunes hommes issus de l'immigration musulmane" dans Manço U. (dir.), Voix et voies musulmanes de Belgique, Bruxelles: Publications des Facultés universitaires Saint-Louis.

Manço, U. (1997), "Les organisations islamiques dans l'immigration turque en Europe et en Belgique" dans Dassetto F. (dir.), Facettes de l'Islam belge, Louvain-la-Neuve: Academia-Bruylant, pp. 143-158.

 


NOTES:

* Communication faite le 26 octobre 2001 à Paris, au Sénat français, lors du colloque Jeunes issus de l'immigration turque. Etat des lieux et perspectives organisé pare l'association ELELE. Ce texte sera publié dans les actes du colloque.

[1] Sur la population turque de Belgique voir A. Manço, 1998 et 2000.

[2] Au sujet des formes organisées et politisées de l'islam turc en Belgique: U. Manço, 1997.

[3] L'histoire de migration individuelle et familiale, les pratiques matrimoniales, la région d'origine, la région d'installation en Belgique, la maîtrise de la langue maternelle et des langues du pays d'accueil, la scolarité et la formation professionnelle, la situation professionnelle, les projets professionnels, le patrimoine immobilier, la mobilité sociale intergénérationnelle, la croyance et les pratiques religieuses, la consommation culturelle, les attitudes et valeurs socioculturelles et politiques diverses. Voir les résultats globaux de l'enquête dans Lesthaeghe, 2000.

[4] Une version complète de cette recherche, qui permet la comparaison entre les sujets Turcs et Marocains, est publiée dans U. Manço et A. Manço, 2000.

[5] Voir S. Acquaviva et E. Pace, 1994: 71-81.

[6] Voir P. Cibois, 1983.

[7] Coefficient de saturation > 0,50.

[8] Indice de validité > 0,70.

[9] Les items retenus dans l'indice de religiosité répondent à 3 des 5 obligations islamiques fondamentales : la profession de foi, items 1 à 3; la prière, item 4; et le jeûne, item 5.

[10] Moyenne = 0; écart-type = 1.

[11] Age, état civil, composition de ménage, lieu de naissance, lieu de résidence avant la migration,...

[12] Diplôme obtenu, profession exercée, niveau de salaire, durée de chômage,...

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